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Avant le Congrès

Par BGR :: 24/11/2007 à 23:30 :: Chartes et statuts


Bonjour,

Voici un texte publié sur e-soutiens. Il a été écrit par François Duran qui a beaucoup contribué au cours des derniers mois à enrichir le débat sur les chartes et sur les statuts.

JUSTE QUELQUES OBSERVATIONS AVANT LE CONGRES…

Chers amis démocrates,

Depuis le temps que nous nous connaissons et que nous nous croisons, voire que nous croisons le fer, sur ce site ou ailleurs et même, pour certains, dans le monde réel (et oui, contrairement à une croyance répandue, le militant actif peut l’être sur la toile et sur le terrain, l’un n’excluant pas l’autre, bien au contraire), je voudrai vous parler sincèrement du désarroi qui m’envahi à l’approche de ce Congrès fondateur.

Après une longue période de silence et d’observations, je ne peux me retenir plus longtemps et me sens obligé de partager avec vous les doutes qui sont les miens, à la fois pour tenter d’y trouver des réponses et, aussi, un soutien de la part de ceux qui comprennent (ou pas d’ailleurs) mes sentiments.

Totalement novice dans l’engagement politique actif avant les dernières présidentielles, j’ai pu voir la montée en puissance de notre Mouvement, son ascension vers les cimes puis sa stagnation et, hélas, ce qui s’apparente fort, aujourd’hui, à un certain déclin, sans doute pas inexorable mais en tout cas bien réel.

A ce sujet, je ne peux m’empêcher de faire la comparaison entre cette aventure Démocrate et une liaison amoureuse qui approcherait dangereusement de son terme : après des débuts intenses, passionnés, on passe progressivement par une période de tranquille félicité qui peut durer pour toujours. Malheureusement, dans bien des cas, la lassitude puis l’agacement vis-à-vis des manières de l’autre peuvent s’installer avant de céder la place à une morne lassitude, un désamour qui se refuse à dire son nom jusqu’à ce que la passion ne se réveille à nouveau, qu’on choisisse de préférer la solitude à un amour non partagé ou qu’un autre ne vienne remplacer l’être aimé défaillant…

Mais cessons les métaphores et venons en au Congrès : mais qu’est ce que je dois penser de ce « machin » que j’appelai, pourtant, de mes vœux les plus ardents il y a quelques mois ?

Car certains points me posent de graves problèmes. Permettez moi de vous dire lesquels.

1. Les Chartes :

La Charte Ethique a toujours été, dans mon esprit, LE document primordial, le texte fondateur qui devait permettre de nous distinguer une bonne fois pour toutes des autres partis, rendus obsolètes, ou tout comme, par notre positionnement original et par cet engagement solennel que nous devions prendre, à la face du pays et de nos adversaires stupéfaits, de changer radicalement de mœurs politiques, d’actions politiques, tout simplement de la façon de voir, de concevoir et d’agir la politique.

De cette charte révolutionnaire, au bon sens du terme, tout le reste, ou presque, devait découler : les statuts, les investitures, l’implication des militants, la façon de mener les campagnes. Cette charte devait être la pierre sur laquelle nous allions bâtir notre église, un sanctuaire bienveillant où tous les citoyens, d’où qu’ils viennent, pourraient se retrouver et communier dans une même espérance : le rassemblement des énergies positives, au delà des clivages, un vaste Mouvement désintéressé et fécond qui allait radicalement modifier la donne nationale voire même, pourquoi pas, au-delà. Nombreux sont ceux qui ont travaillé dans ce sens en produisant et en amendant, dans la transparence et l’écoute attentive d’autrui, des textes de grande qualité. Voyant tant de volonté déployée et tendue vers un même but, le résultat ne pouvait qu’être formidable.

Mais, pour le coup, ce sont mes espoirs qui ont rapidement été frappé d’obsolescence.

Car, à Seignosses, en lieu et place des deux chartes exigées, deux courts textes nous sont peu miraculeusement tombés du ciel. Deux feuillets sympathiques, gentils, passe-partout, dégoulinants de bons sentiments et dont on sent, rien qu’à les lire, qu’ils tiendront plus des vœux pieux que des fermes engagements ou des serments solennels que j’avais en tête. Du reste, quasiment n’importe quel parti politique pourrait faire sien ces deux inutilités tant elles sont mornes et plates. Et c’est bien là que le bât blesse, car ce qui convient aux partis « d’avant » le Mouvement Démocrate ne saurait lui convenir demain tant il s’est engagé à ne plus faire de la politique comme autrefois.

Je ne voterai pas POUR ces deux textes, non que je sois CONTRE (peut on être contre la paix dans la monde ? Contre le bonheur universel ? Contre la libération d’Ingrid Bétancourt ? De telles évidences n’entraînent même pas le débat…) mais parce que je pense qu’ils ne correspondent pas à l’idéal du Mouvement Démocrate, idéal réaliste qui nous a été promis et que nous avons choisi de porter, tous ensemble et sans rien réclamer en retour.

2. Les statuts :

J’ai infiniment de respect et d’admiration pour tous ceux qui ont travaillé d’arrache-pied pour décortiquer, discuter, amender, modifier les statuts qui nous avaient été soumis aux départs : merci Marie Laure, Danièle, Franz, Farid et tous les autres, innombrables, que j’oublie et qui ont donné de leur temps, de leur énergie et de leur intelligence pour améliorer ce document inepte.

Mais, on aura beau repeindre de toutes les couleurs et décorer des plus beaux meubles la plus affreuse des maisons, elle n’en perdra rien de sa laideur intrinsèque. C’est tout le processus, à la base, qui est vicié. Dés lors, améliorer les détails revient à poser un pansement sur une jambe de bois ou, au mieux, à administrer à un malade un placebo.

Qu’on me comprenne bien : je ne dis pas que ces statuts sont scandaleux ou abominables. Du reste, ils conviennent parfaitement à n’importe quel petit parti fédéral qui, le derrière entre deux chaises, compose et louvoie pour espérer récolter quelques miettes d’un pouvoir inaccessible que, de toute façon, il choisit d’emblée de laisser à d’autres. Simplement, ils ne sont pas dignes du Mouvement Démocrate tel qu’il nous a été promis et tel que nous avons choisi de le porter, tous ensemble et sans rien réclamer en retour.

Alors, V1, V2, V3, V8 ou V quarante-douze, je ne voterai pas POUR ces statuts car, sur ma carte d’adhérent, il y a écrit Mouvement Démocrate et non pas « Petit parti politique qui n’a surtout pas l’ambition de devenir un jour majoritaire ».

3. L’organisation du Congrès :

Est il réellement nécessaire de tourner le couteau dans la plaie ?

Entre le fait de devoir payer pour participer (un comble !), le Règlement Intérieur (aussi pénible à lire dans sa forme qu’il est instructif sur le fond), l’organisation opaque (pour rester poli) des scrutins, j’en passe et des meilleurs, n’en jetez plus, la coupe est pleine…

A l’examen, de deux choses l’une : soit les organisateurs pensent bien faire en toute bonne foi et cela présage des lendemains électoraux douloureux pour le Mouvement, parce qu’avec de tels stratèges et tacticiens aux manettes, Mr Sarkozy voire même le PS n’ont pas de soucis à se faire dans l’immédiat (du reste, il faut bien reconnaître qu’ils ne s’en font guère à notre endroit…). Soit, plus subtil, tout cela a été planifié par quelques détestables Machiavel de supérettes afin de rebuter au maximum les ultimes courageux qui auront le culot de se déplacer pour exiger ce qu’on leur a promis. Ainsi, dans cette méchante hypothèse, le but serait de faire fuir le manant trop exigeant afin que tous ces braves gens se retrouvent enfin en bonne compagnie, la seule qu’ils supportent en fait : la leur, loin de ces enquiquineurs de nouveaux adhérents (qui leur permettent néanmoins, notons le bien, par leurs voix et leurs cotisations de mener un train de vie que doivent leur envier beaucoup desdits adhérents).

Enfin, troisième possibilité, la plus plausible à mon humble avis : la vérité se situe entre ces deux extrêmes, incompétence délibérée ou naïve, au gré des différentes factions qui s’opposent à l’intérieur de l’appareil.

ET APRES LE CONGRES ?

Plus je l’observe ce Mouvement, plus il me fait penser à l’armée française de 1940 : des troupes nombreuses et valeureuses, mais usées par l’inaction ou des actions ineptes ; du matériel de qualité (supérieur à celui de l’adversaire) mais employé en dépit du bon sens ; de courageux penseurs doctrinaux, profondément novateurs, mais à qui les décideurs réservent leur mépris le plus épais ; un état-major expérimenté mais divisé et qui ne parvient pas à s’adapter à la nouvelle donne stratégique, les uns travaillés par de sombres pulsions défaitistes qui ne demandent qu’à s’éveiller sitôt les premières difficultés venues (n’est ce pas Mr Cavada ?), les autres s’enferrant dans des plans absurdes qui portent la défaite en eux mais dont, par rigidité et aveuglement, ils ne veulent sortir (j’ai bien des noms en tête mais je préfère les garder par devers moi pour le moment…). Enfin, un chef qui ne parvient pas à trancher, tergiverse, hésite, s’entoure mal ou s’isole, n’écoute pas ou n’entend pas les bons ; bref, quelqu’un de bien mais qui a perdu la foi et qui, de facto, n’est plus en mesure d’exercer cette tâche qui exige tant : le Commandement.

Et voilà comment l’une des armées les plus puissantes du monde, sur le papier, s’effondre en quelques semaines, minées de l’intérieur.

Mais revenons en au Modem et en 2007. Suis-je pessimiste ? Non, car les forces éveillées par François Bayrou ne disparaîtront pas si facilement. Suis-je optimiste ? Pour le Congrès, pas vraiment, tant les choses semblent jouer d’avance mais pour l’avenir, oui assurément.

Maintenant, si nous voulons survivre et, surtout, prospérer après Villepinte, nous avons besoin d’un minimum d’éléments indispensables qui font cruellement défaut en ce moment. En particulier, il nous faut un Chef déterminé entouré d’un Etat-major compétent et dévoué car un mouvement politique n’est pas une association de quartier ou un club de bridge, c’est une armée de civils qui, utilisant la conviction inébranlable de ses membres, doit faire la preuve de la force de sa volonté pour l’emporter sur ses adversaires.

Je ne peux que supplier François Bayrou, que je regarde toujours comme notre leader naturel et évident, de redevenir l’homme qu’il fut en avril, qu’il est sans doute en réalité : fort, déterminé, habile. Un homme qui arrache l’initiative et non quelqu’un qui se laisse bousculer par les événements.

De même, je le supplie de s’entourer des meilleures personnes possibles : qu’il puise enfin dans le vivier des nouveaux adhérents pour constituer une partie de sa structure de commandement, il y trouvera plus d’or que de plomb...

JUSTE QUELQUES OBSERVATIONS AVANT LE CONGRES

Que nous partagions ou non les idées et conclusions de François Duran, je pense qu'il est urgent que les démocrates s'expriment et prennent en main leur destin... Le Congrès n'est certes pas la dernière occasion, mais c'est une étape importante sur le chemin vers un grand Mouvement Démocrate.

A+

BGR : MoDem du Pays-Basque (64)

Vivons la MoDem attitude :

être capable de dire oui quand les décisions sont justes, vont dans la bonne direction
être capable de dire non et de se battre quand elles menacent d’être injustes ou d’aller dans la mauvaise direction


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Commentaires

Le 26/11/2007 à 11:37, par super nulle
Mille félicitations pour avoir eu le courage de publier cet article. (Je vais courir sur internet pour chercher le site de l'auteur). Lorsque cette "armée" se mettra en route recontactez-moi, j'en serai. Pour le moment, je rentre dans mon trou. J'ai pourtant bien pris le temps de lire les trois documents "fondateurs", d'y réfléchir, de noter ce qui me choquait. Si j'en avais eu le courage, j'aurais "posté" sur Bayrou.fr (au risque de n'être pas publiée : c'est plus fréquent qu'on le croit) à peu près les mêmes propos que François Duran (sûrement beaucoup moins bien formulés)! J'aimerais qu'il m'autorise à imprimer son texte et l'envoyer à des connaissances qui n'ont pas Internet. A vous, je souhaite "bon vent" pour ces 15 jours. Ce rendez-vous quotidien va nous manquer. Bernadette.
Le 29/11/2007 à 20:58, par florent
Merci beaucoup de nous signaler ce texte et de le rendre accessible.
Le 10/12/2007 à 20:51, par BGR
Si je ne partage pas toutes les critiques formulées par François Duran je pense que la plupart sont correctement exprimées et parfaitement argumentées.

Ce que je crois fermement, c'est que nous ne devons pas ignorer les convictions et les apports de ceux qui ont tant travaillé et tant donné pour que le Mouvement Démocrate nous permette de faire de la politique autrement.

François Duran fait partie de ces esprits puissants qu'il faut savoir écouter...

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